Sonia Lopez Calleja, oenologue ethnologue

Un bon repas avec Clémence, oui, mais il faut « l’accessoiriser » avec du bon vin ! Dans ce cas, on se tourne vers sa comparse Sonia Lopez Calleja, de Vin de presse, qui saura nous dégoter le bon vin pour marier les saveurs. Portrait.

Bonjour Sonia, alors dis-nous… tu viens d’où ? (Et si tu n’es pas du coin, qu’est ce qui t’amène dans nos contrées auvergnates ?)

Je suis Parisienne. J’ai fait mes études sur le vin en Bourgogne, nous devions effectuer un stage de fin d’études. Je ne souhaitais pas partir dans une appellation prestigieuse au sein de laquelle je savais pertinemment que je serai cantonnée à la photocopieuse et au café. Nous avions eu une réunion avec les négociants bourguignons qui nous avaient clairement signifié que nous devions rester à notre place et que si nous étions une personne agréable à regarder, ne pas oublier de mettre une photo ! Je souhaitais avoir l’opportunité de trouver un lieu de stage qui me propose une vraie mission et qui me permette de mener ma thèse professionnelle dont le sujet portait sur le bio. J’avais eu l’occasion de goûter les Côtes d’Auvergne lors d’une session de dégustation organisée par un élève de ma promotion, nous avons tous été séduits par ces vins. J’ai fait quelques recherches qui m’ont permis de découvrir qu’ils étaient en finalisation de leur dossier de candidature à l’acquisition de l’AOC, ce dernier élément a fini de me convaincre d’envoyer ma demande de stage à la Fédération Viticole du Puy-de-Dôme. J’ai été retenue, cela a été une expérience très enrichissante car dans cette petite structure, j’ai pu m’occuper de plein de choses, de la technique à la promotion en passant par les animations. A la fin de mon stage, j’ai décidé de rester dans la région et j’ai continué de travailler pendant un an pour la Fédération Viticole du Puy-de-Dôme.

Et sinon, tu fais quoi dans la vie ?

Après mon passage à la Fédération Viticole du Puy-de Dôme, j’ai décidé de créer mon activité qui s’appelle Vin de Presse. Elle se divise en 3 pôles. Le premier est consacré à la dégustation qui se décline dans des cours d’apprentissage de l’œnologie, la formation du personnel de lieux proposant du vin (restaurant, bar à vin,…) et les animations lors de salon ou foire professionnelle. Le deuxième est centré sur les relations presse, la communication et l’événementiel spécialisés dans le monde du vin. Je peux ainsi rédiger des communiqués et dossiers de presse, des articles, des notes de dégustation, newsletter mais aussi faire de l’animation sur les réseaux sociaux, organiser et mettre en place des événements autour du vin. Le dernier s’oriente vers l’œnotourisme sur le territoire du Massif Central, pour l’instant.

C’est très bien çà… mais qu’est-ce que tu faisais avant ?

J’ai un parcours un peu atypique, j’ai une formation dans les sciences humaines, en ethnologie plus précisément. On ne peut commencer le cursus universitaire de cette discipline qu’à partir de la licence, on doit d’abord valider un autre diplôme dans les sciences humaines pour y accéder. J’ai choisi la psychologie et je ne me suis pas arrêtée à la licence, j’ai poursuivi jusqu’au Master que j’ai fait en 2 ans car je menai un double cursus : psychologie cognitive et ethnologie comparative. Je me suis ensuite recentrée uniquement sur l’ethnologie jusqu’à la thèse, je suis une spécialiste des religions afro-cubaines. A l’époque, j’étais déjà amatrice de vin, j’avais monté un club d’œnologie et c’était toujours à moi que l’on demandait conseil afin de choisir les vins pour les pots de thèse ou les colloques. Cette passion grandissante pour le vin a été telle qu’un jour j’ai décidé de sauter le pas et de suivre une formation dans le vin en Bourgogne.

Dis-nous Sonia, pourquoi tu as lancé ton activité ?

J’avais envie de travailler dans le vin mais pas d’être enfermée dans une seule activité, je souhaitais pouvoir utiliser l’ensemble de mes compétences. Comment conjuguer l’envie d’enseigner, d’écrire, de partager sa passion, de promouvoir des appellations qui ne bénéficient pas de la même notoriété que les grandes ? La réponse a été de mettre en place Vin de Presse qui me permet de conjuguer des activités aussi variées que la dégustation ou la rédaction d’articles. Cela me permet d’être à la fois sur le terrain, auprès de ceux qui font le vin mais aussi auprès de ceux qui le consomment. Je côtoie ainsi un public très varié : néophytes, amateurs, journalistes spécialisés ou non, blogueurs, professionnels de la filière vinicole. Cela me permet d’avoir une vision d’ensemble sur la perception du vin, la manière de le produire, de le commercialiser, d’en parler et de le consommer.

Et ton actu aujourd’hui, c’est quoi ?

Je reviens de la Côte Roannaise, j’ai participé aux vendanges et à la vinification du Domaine des Pothiers en biodynamie. J’essaie lorsque mon emploi du temps me le permet de m’aménager des séjours dans le vignoble afin de collaborer aux travaux de la vigne et à la vinification. C’est important pour moi d’être en contact avec les vignerons, de travailler dans leurs vignes, de partager leur quotidien, de connaître leur façon de travailler, c’est avec eux que j’apprends le plus. Je peux ensuite mieux raconter leur vin en dégustation car il ne faut jamais oublier que certes, le terroir est un facteur déterminant mais sans l’homme qui le travaille et le façonne, il ne donnerait jamais un vin de grande qualité. Enfin faire l’expérience d’assister à la naissance d’un vin est une émotion si intense : tout le travail d’une année se joue sur quelques semaines. Depuis peu, les cours d’œnologie que j’anime ont également repris. Il y a notamment une séance le 15 novembre sur 3 cépages blancs afin d’apprendre leurs arômes spécifiques et savoir les différencier et une séance spéciale fête, le 22 novembre qui présentera 8 accords mets-vins pour mieux choisir les vins qui accompagneront les repas de fin d’année.

D’accord d’accord… Et tes projets pour l’avenir, tu nous en parles ou c’est secret ?

Je souhaiterais pouvoir écrire un livre sur le vin, j’ai quelques idées sur la manière d’aborder ce monde complexe et merveilleux du vin mais c’est encore secret…

On aime bien ton blog. Tu nous parles ?

Mon blog Vin de Presse me permet d’écrire sur les vins que j’aime, de faire connaître des vignobles français ou étrangers, des domaines, des lieux qui mettent ‘vraiment’ en valeur le vin et aussi de faire des articles croisés avec d’autres blogueuses. J’écris notamment avec Clémence Moulinou de la Table de Clémence des articles sur les accords mets-vins sous forme de défi sur nos compétences respectives. Par exemple, elle me donne une recette et je dois trouver le vin qui s’associe le mieux ou l’inverse. Et bien sûr, nous dégustons ensemble pour tester l’accord. Je suis actuellement sur un nouveau projet avec une autre blogueuse culinaire, Samia Iommi-Ammuntagui de Cuisine et Sentiments. Nous allons créer une rubrique commune qui s’appelle « Le monde en bouteille et des recettes au bout de la fourchette », il s’agit d’un petit tour du monde vinicole et gastronomique. Notre premier article portera sur… le Kazakhstan, dépaysement garanti !

Sonia, dis-nous sincèrement… Y’a vraiment que les français qui savent faire du bon vin ou bien ?
Il y a plein d’autres pays qui élaborent de très bons vins : l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, la Hongrie, l’Allemagne, … et je m’arrêterai là car je pourrai en citer encore et encore. J’adore me confronter à des cépages autochtones, apprendre ainsi d’autres arômes, d’autres saveurs, enrichir mon patrimoine sensoriel. En ce moment, je cherche à me procurer des vins dits « oranges », des vins slovènes. On nomme ainsi ces vins blancs car lors de vinification on procède à de longues macérations avec la peau qui finissent par leur donner une couleur orangée plus ou moins soutenue. Ce qui est passionnant dans le vin, c’est justement cela, on ne sait pas si une vie suffira pour tout goûter !

Et sinon pour finir, plutôt rouge, plutôt blanc ou plutôt rosé ?

Les 3 ! C’est une question de moment et aussi de ce qui accompagnera le vin. Je défendrai néanmoins le rosé parfois considéré à tort comme n’étant pas un ‘vrai’ vin. Pourtant, le monde du rosé est aussi riche que celui du blanc ou du rouge et c’est un vin que l’on peut consommer toute l’année ! Certes il y a le rosé piscine, léger et désaltérant mais il y aussi le rosé gastronomique plus structuré et plus puissant, le rosé de fête, avec les bulles crémant ou champagne et même le rosé de garde, oui, oui ! Il existe des rosés élaborés pour la garde comme ceux de l’appellation Riceys en Champagne mais aussi dans le Roussillon ou dans la Rioja, en Espagne.

Merci Sonia !

Le blog de Sonia : http://vindepresse.blogspot.fr/