Patrick Del Corpo : photographe

Nous sommes allées à la rencontre de Patrick Del Corpo, photographe clermontois et passionné de Jazz.

Tu viens d’où ?
Je viens de l’Allier, plus précisément de Montluçon.
Je suis arrivé à Clermont en 1986, pour mon travail d’enseignant.

Depuis quand es-tu photographe ?
Mon beau-frère m’a offert mon premier appareil photo à 16 ans et c’est grâce à lui que j’ai pu découvrir et apprendre le développement et le tirage noir et blanc.
J’ai eu mon premier appareil reflex à 18 ans, époque à laquelle j’ai aussi débuté le théâtre. C’est donc tout naturellement que j’ai commencé à photographier la scène et le théâtre. Aujourd’hui je suis toujours comédien et photographe à l’ATR (Atelier Théâtral Riomois) de Riom.
Réflexe : il m’est difficile de rentrer dans une salle où je ne peux pas avoir mon appareil photo !

Comment appréhendes-tu la photographie ?
Ce qui est fondamental à mes yeux quand je photographie des spectacles, c’est la discrétion, que l’on ne me voie pas, que l’on m’oublie. Je m’habille toujours en noir, je reste le plus loin possible de la scène, et utilise le plus souvent de longues focales afin de me « fondre dans le décor ».
Par cette attitude, je cherche à préserver le côté intime, la proximité des musiciens avec leurs instruments, la vérité d’une intention théâtrale, pour transmettre photographiquement une émotion authentique, la plus vraie possible.
Si je veux vraiment capturer ce qui m’intéresse, je dois donc rester concentré et m’immerger dans l’action de ce qui se déroule sur la scène. C’est derrière mon objectif que je vis et que je profite le mieux du spectacle.Les artistes sont sensibles à l’image que les photos renvoient d’eux-mêmes. Il y a deux ans, j’ai photographié le reflet du pianiste et organiste Cory Henry dans un des miroirs des loges du festival « Jazz en tête ».  Il a beaucoup apprécié cette prise de vue, ce regard.
Le batteur Jerome Jennings, m’a dit l’année dernière: « j’aime beaucoup la façon dont tu m’as photographié ».
L’image réunit l’artiste et le photographe, elle crée, une proximité, un lien.

La photographie peut parfois être vécue comme une sorte de voyeurisme car on capte une scène de l’intime en entrant dans la bulle du modèle. Il faut donc rester vigilant. La photographie de spectacle est assez éloignée de la photographie posée, de la photographie en studio. En spectacle live, le photographe ne choisit pas grand chose d’autre que son objectif et les réglages de son boitier et doit composer ses images et sa signature visuelle à partir de tout ce qui se passe sur la scène et autour de la scène (éclairage, public, configuration des lieux…) et au rythme auquel le spectacle se déroule. Cela n’empêche pas qu’il puisse y avoir une interaction entre le photographe et le photographié mais, à mon sens, il faut savoir rester discret afin de gagner la confiance des artistes sous peine de perdre toute crédibilité et toute spontanéité.

Le photographe doit être une personne bienveillante envers ses modèles et critique envers son travail. Je m’interdis donc de montrer des images qui ne mettraient pas en valeur les artistes, c’est une question de respect, dans la mesure où l’artiste nous laisse entrer dans son intimité. Ce qui m’intéresse de saisir ici c’est la relation de complicité du musicien avec son instrument.

Pourquoi le noir et blanc ?
Tout d’abord parce qu’historiquement le jazz est photographié en noir et blanc. Ensuite parce que j’aime le noir et blanc car il permet de faire ressortir des grains de peau, des lumières qui ne ressortent pas de la même façon en couleur. On peut davantage jouer sur les nuances avec le noir et blanc.
Sur une photographie de spectacle, il y a un côté complétement aléatoire avec l’éclairage. Il faut être en éveil, composer avec la lumière. Photographier c’est peindre avec la lumière. Pour moi c’est comme une œuvre, une peinture. Il convient de trouver tout le graphisme qui va composer l’image : les spots, un puits de lumière, l’absence de lumière. Chaque détail a son importance.

Pourquoi une exposition photo sur le Jazz ?
Mon père était membre du jazz-club de Montluçon, j’ai donc été sensibilisé très jeune à l’univers du Jazz.
C’est un ami photographe qui m’a invité au  festival « Jazz en tête » il y a 5 ans.
Depuis, je ne manque aucune édition afin de photographier les artistes, que ce soit lors des balances ou lors des concerts.
Je réalise des expositions sur « Jazz en tête » depuis 3 ans. Cette année, j’en propose deux pour les 30 ans du festival pour lequel j’ai eu un vrai coup de cœur.

Tu nous présentes tes 2 expos et leurs dates ?
 « Rythme en tête » jusqu’au 30 octobre 2017 à  la M.I.U. : cette expo a pour thème « les batteurs de jazz ». Pour moi, la batterie est au cœur de la musique.
J’ai toujours adoré cet instrument. Je suis toujours émerveillé par la dextérité du batteur qui doit coordonner ses mains et ses pieds pour construire le rythme. La batterie peut se jouer avec des baguettes, des balais ou même à mains nues. C’est donc un instrument vivant, à « fleur de peau », d’une grande sensualité.

« Instanta’Jazz », ma deuxième expo, se déroulera du 17 octobre au 13 novembre à la librairie « Les Volcans ». Ce seront des portraits plus intimistes d’artistes plus ou moins connus du grand public. Présentés dans différents formats et en grande majorité noir et blanc avec quelques clichés en couleur…
Mes photographies sont là pour montrer l’artiste mais aussi pour plonger le « spectateur » dans ses univers musicaux.

Comment te trouver ?

Sur mon site :
www.patrickdelcorpo.com/
Ma page Facebook :
https://www.facebook.com/delcorpopatrick/